Le Raku : Le bonheur dans le hasard

 

Le Raku dit « Occidental » (Extraits des sites de « SMART 2000 » et de « L’Atelier des Elfes de Pierre Architta »)

 

Le Raku, comme d’autres techniques de poterie telles que l’émaillage au sel et la cuisson en fosse, s’articule essentiellement autour de son procédé de cuisson, bien que l’implication dans le Raku soit souvent plus profondément issue de sa philosophie, de ses racines et de son sens culturel. Le Raku traditionnel et notre interprétation occidentale du Raku sont semblables sous bien des formes bien qu’ils montrent quelques différences notoires.

En Raku, les pièces peuvent être enfournées à froid mais le plus souvent le four est préchauffé et l’enfournement est fait à chaud. La cuisson est menée à un rythme rapide avec atteinte de la température finale dans un cycle court de 15 à 20 minutes (Cependant des cuissons Raku peuvent durer plusieurs heures selon les types de pièces et leurs exigences de cuisson). Cette technique de fabrication en cuisson rapide, fut découverte en Corée puis développée au Japon dans le milieu du XVIe siècle. Un potier coréen du nom de Chojiro, reçu commande d’un maître de thé et philosophe « wabi » (beauté glacée et flétrie) Sen Rikyû, d’un bol (chawan) à thé. Ce bol devait éveiller les cinq sens à celui qui le tiendrait dans les mains, par la qualité de sa terre et la simplicité de sa mise en œuvre. Un bol rustique et raffiné, dont la forme a été façonnée par Chojiro à même sa main. L’implication des potiers dans le raku fait souvent écho à sa philosophie, à ses racines et à son sens culturel. La multitude des paramètres mise en jeu permet d’obtenir des résultats variant à l’infini, ce qui confère à la pièce, entièrement réalisée manuellement, la qualité d’objet unique.

Le raku est synonyme de cuisson basse température, les pièces émaillées sont sorties du four à environ 1 000 °C . La maturité de la glaçure est estimée à l’œil sans l’utilisation de cônes ou d’appareils de mesure. Étant donné qu’à ce moment la glaçure est fondue, on utilise des pinces ou d’autres outils de manutention.

C’est là l’étape du procédé où le Raku traditionnel et contemporain diffèrent dans la technique et les moyens.

Dans notre version occidentale le traitement des pièces tend actuellement vers une phase de « réduction après cuisson ». Elles sont rapidement mises dans des récipients et recouvertes de matières inflammables naturelles comme de la sciure de bois compactée, des feuilles de la paille etc…. afin d’en empêcher la combustion en limitant l’apport d’oxygène au contact de l’émail en fusion. L’atmosphère carbonée réagit et modifie les glaçures et la pâte, produisant des effets de surface uniques sur les pièces. Certains donnent aux surfaces émaillées des effets métalliques et craquelés et aux parties non émaillées des pâtes , une teinte noire.

Après refroidissement les pièces sont nettoyées avec un produit abrasif pour enlever tous les résidus de suie et de cendre.

Les fours à raku sont généralement petits et surpuissants. Ils ont, pour la plupart, une simple ouverture sur le haut de l’enceinte de cuisson couverte par un morceau de plaque réfractaire

Les pièces raku sont le plus souvent cuites dans ce type de four plus ou moins conventionnel connu et exploité pour la cuisson des glaçures. Les autres sont des formes de cuisson primitive (simple trou ou fosse dans le sol) où les températures atteintes sont généralement plus basses et où les glaçures ne sont pas couramment utilisées. Les chocs thermiques étant très violents, la « casse » est importante et le résultat aléatoire d’où le titre de ce document.

 

Les variantes :

 

  • Le Raku nu

La terre utilisée pour réaliser la pièce est toujours un grès mais en général une terre chamottée fine spécial raku.
La pièce façonnée est ensuite enduite d’une barbotine ou engobe épaisse de terre à faïence blanche ou colorée selon la couleur de finition désirée.
Quand la terre est à consistance cuir, elle est longuement polie avec un objet dur (galet, cuillère, carte plastique etc..) pour obtenir un aspect très lisse. Plus les formes sont simples et plus le résultat sera beau.
Après cuisson biscuit entre 940 et 980 selon les terres, le biscuit est recouvert d’un engobe de protection et mis à sécher complètement.
On le recouvre alors d’une couverte pour faïence assez épaisse que l’on peut ou pas sgraffiter. Puis cuisson raku et 10mn d’enfumage après lesquelles la pièce est sortie puis aspergée doucement pour que l’émail se détache.
Il ne reste plus qu’à nettoyer la pièce et la cirer une fois bien sèche. « Le raku nu est une variante du raku: on applique un engobe séparateur sur la pièce préalablement polie puis l’émail par dessus l’engobe.On cuit et enfume comme pour le raku traditionnel et lorsque la pièce sort de l’enfumage, l’émail se détache certains disent que la pièce pèle, car l’engobe n’adhère pas à la pièce et fait tomber l’émail. Restent alors les traces de l’enfumage sur la terre blanche polie préservée par l’émail avant qu’il ne tombe. »

 

  • Le Copper Matt      

C’est une variante de raku que j’affectionne particulièrement car le côté imprévisible du raku prend ici toute son ampleur.De par la composition de son émail constitué majoritairement de cuivre, la pièce va prendre pendant la réduction provoquée par l’enfumage toutes sortes d’irisations et de couleurs spectaculaires. L’action du feu qui vient lécher les pièces est primordiale dans la création de ces irisations.

Bien sûr le combustible utilisé l’est également, mais c’est de l’extrême rapidité de l’action du potier que dépend la réussite ou la banalité du résultat obtenu. C’est en stoppant net ces irisations en fermant le bac d’enfumage, en arrosant la pièce ou …. (beaucoup de techniques différentes dans la méthode existent …) que l’on obtiendra avec un peu de chance et beaucoup de pratique le résultat attendu . Toute la difficulté de la chose réside dans la rapidité de la coordination de la volonté d’arrêter le phénomène et le geste qui va l’arrêter réellement. Les variations de températures de fin de cuisson ont un effet aussi très important sur le résultat final. On peut ainsi obtenir des effets de métal rouillé ou encore des bleus turquoise, roses fuchsia, vert émeraude ou doré…ou..ou…Evidemment comme c’est un émail économiquement très cher, vu le coût du cuivre de nos jours, peu de potiers pratiquent cette technique et freine nombre d’amateurs au vu des résultats aléatoires et souvent décevants obtenus.

Personnellement, j’ai beaucoup fait d’essais dans le but d’obtenir des effets « bois » lors de la réalisations des sculptures « L’enfant qui a la tête en l’air » ou « Rêverie de fillette » (voir ci-joint) dont les pupitres ont été traités en raku copper matt afin de rendre l’illusion du bois le plus crédible possible.

L’enfant qui a la tête en l’air

 

  • Les métallisations

C’est une autre variante de raku occidental traditionnel: la recette de l’émail inclue des oxydes métalliques (cuivre, cobalt, nitrate d’argent etc..) qui, lors de la réduction produite par l’enfumage, vont se révéler et apparaître en magnifiques et spectaculaires irisations métallisées après nettoyage.

 

  • Le Horse Raku ou Horse hair Raku

« La pièce est polie à cru puis biscuitée. On enfourne pour une cuisson raku et on applique sur la pièce sortie du four des crins de chevaux mais on peut utiliser aussi d’autres matériaux comme des plumes pour que leur combustion laisse des traces sur la pièce . Tout l’art réside dans la maîtrise de la pose du combustible pour que l’effet soit réussi. »

 

  • Le Raku en four à bois

Même principe pour la cuisson à part que la surveillance de la montée en température doit être constante. La réaction chimique qui se crée avec l’interaction de la fumée, des flammes, de la réduction volontaire pratiquée ou pas, permet des résultats assez différents de celui du mode de cuisson au gaz. La maîtrise de la technique demande de la pratique.

 

  • Le Raku de haute température

« Le raku est à l’origine une technique de cuisson japonaise, qui se fait à haute température (1 300°C).A l’encontre de la céramique traditionnelle, la pièce doit sortir du four à haute température, puis après un bref séjour dans le bac d’enfumage, finir sa course créative dans l’eau froide. »